Petit moment d'anthologie de sagesse africaine sur une fabuleuse musique des Abyssians.

Love Joys "Reggae vibes" (1981) - Wackies
Premier album de ce duo originaire d'Angleterre (Brixton) et produit chez "Top Ranking" (label basé en Floride qui donna comme nom d'origine à cette production "Jah Light"), Sonia Abel et sa cousine Claudette Brown se taillent la part du lion dans un genre souvent dominé par des voix masculines. C'est un reggae qui plaira incontestablement aux amateurs des productions Wackies, dont l'oreille affinée saura reconnaître rapidement la touche magique du légendaire Lloyd "Bullwackies" Barnes à la production. Les compositions regorgent d'infimes détails et donnent à ces 10 morceaux, qui peuvent paraître lors des premières écoutes quelque peu dépouillés, une profondeur toute en finesse. On y parle d'éveil des consciences dans "Watch them", de l'imposture des grands sentiments dans "Love is not a game", de ferveur religieuse sur le meilleur titre de l'album "Jah light" (la rigueur métronomique de Jah Scotty en fera danser plus d'un), tout cela sous l'oeil affûté d'un regard féminin qui semble en avoir vu, comme le dit le dicton, des vertes et des pas mûres. Une grande réussite qu'il sera difficile d'enlever de la platine aprés quelques écoutes.

Winston Jarrett & The Righteous Flames "Man of the Ghetto" (1977) - Sonic Sounds
Du grand reggae à redécouvrir en ce mois de mars frileux avec cet album assez peu connu de l'incontournable Winston Jarrett. C'est surtout sa voix soul exceptionnelle et les arrangements de cuivre qui raviront les amateurs de musique jamaicaine, en particulier sur le morceau éponyme de l'album et le trés inspiré "Jungle collie". Sly & Robbie sont eux aussi au rendez-vous et donnent à l'ensemble des compositions une couleur trés proche des anciens albums de Marley (Sheriff & and his deputy) ou des premiers Culture.

Black Slavery Days "Black Slavery Days" (1975) - Clappers
Grâçe à l'excellent travail de réédition du label anglais Honest Jons et son turbulent président Damon Albarn (Blur, Gorillaz, Mali sessions...) c'est une des plus belles perles du reggae qui vient d'être retrouvée dans cette île aux trésors. Produit par Jack Ruby, entre autre responsable des premiers enregistrements de Burning Spear (Marcus Garvey, Garvey's Ghost, Man in the Hills...), ces sessions sont tout simplement fabuleuses: voix superbes, choeurs improbables, rythmique moite et torride trés yardies et personnalités essentielles du reggae sont au rendez vous (Leroy "Horsemouth" Wallace, Robbie Shakespeare, Earl Chinna Smith...) Un disque rare!

Horace Andy "Dance Hall Style" (1983) - Wackies
Sans aucun doute le plus expérimental des 3 albums majeurs de l'extraordinaire Mr. Sleepy (avec "Skylarking" et "In The Light"), enregistré dans le bronx lors de son exil aux Etats-Unis. Une sorte de fantasme absolu pour tous les amateurs de reggae et de dub: la magie d'une voix de falsetto unique, une rythmique magique qui ne vous lâche plus, des choeurs gorgés de soul qui surgissent sans crier gare, et la qualité, quasi parfaite, d'un mixage transformant implacablement les chansons en d'interminables "versions" dub. Indispensable. (Muito obregado à Georges pour la découverte!)
The Mighty Three's "Africa shall stretch for the hand" (1979) - Makasound
Un ami jamaïcain exilé au Japon me confiait ce matin même à quel point la Jamaïque pouvait avoir de multiples visages. Celui des Mighty Three's (Bernard Brown, Noel "Bunny" Brown, Carlton Gregory) est à coup sur l'un de ses plus chatoyants. Réédition comme toujours de grande qualité du label Makasound, cet album quasi introuvable est un bel exemple des formidables trios dont regorgeaient l'ïle dans les années 70-80. Les musiciens sont pour la plupart d'illustres inconnus mais savent jouer le reggae avec une classe et un savoir faire évident. Basses rondes, skanks aiguisés à souhait et batterie fort bien sentie raviront les mélomanes qui se surprendront à rêver des montagnes jamaïcaines plongées dans la brume matinale. Si les voix sont superbes, les textes aussi sont intéressants et souvent spirituels. Les visions que suscitent ces chansons, suivies de leurs versions dubs, suggèrent d'étranges eucharisties, où les lourds chalices d'une sagesse mystique remplaceraient l'ostie symbolique. Un classique.


