Présentation du chef d'oeuvre de Seijun Suzuki par Nicolas Saada, collection Hk vidéo.
Moment de pure magie Lynchienne. Extrait du cultissime et terrifiant dernier épisode de Twin Peaks, alors que Cooper franchit les abysses de la loge noire. Ce passage, et la voix sublime de Jimmy Scott, est à mon avis, l'une des meilleures scènes de toute l'oeuvre de David Lynch. Difficile de revenir indemne de cette descente au coeur de l'inconscient et des tréfonds de la psyché humaine.
(Résumé de la série à lire sur l'excellent site Cut Director http://www.cutdirector.com/categorie-681817.html

(Irezumi - 1966)
Sculpturalité lisse et sublime, délicatesse des traits, visage d’un ovale parfait et extrême beauté, Wakao Ayako n’est pas de celles que l’on oublie.
Souvenir vif d’une improbable rencontre dans la salle délabrée d’un cinéma de quartier, la projection de « Irezumi » (« Tatouage » dans sa version française, adaptation d’une nouvelle du romancier Tanizaki Junichirô) de Yasuzo Masumura fut un grand choc cinématographique.
Histoire d’amour assez classique entre la fille d’un riche commerçant et le commis de la boutique paternelle, Otsuya tente de fuir la maison parentale pour vivre librement sa passion. Une tragique fatalité va pourtant la rattraper. Trompée par ceux qu’elle croyait avoir à ses côtés, la voilà bientôt vendue à une maison close et tatouée d’une monstrueuse araignée dans le dos. Transition brutale d’une vie pleine d’espoir au mensonge du monde, le sadisme des hommes va progressivement transformer la sublime héroïne en un instrument ivre de vengeance et de mort.

Masumura filme la tourmente comme jamais, captant les rayons destructeurs que la divine projette à l’instar des fils mortels d’une arachnide tissant sa toile, réduisant à néant chacune de ses proies.
L’atroce tatouage est doté de l’implacable faculté de révéler les pulsions inassouvies d’Otsuya, qui va dés lors se laisser glisser dans une inexorable spirale de meurtres sanglants et, osera t’on dire, jubilatoires.
Film noir sans concession et douloureux comme une volée de pierre reçue en plein visage, Irezumi exerce une fascination presque malsaine sur le spectateur, qui d’un œil voyeur, se délecte des tourments infligés à la belle, tout autant que la domination qu’elle exerce à son tour sur le monde masculin pour finalement l'annihiler.
Figure inoubliable du cinéma japonais, la beauté d'Otsuya est un piège mortel pour tous les hommes avides de son amour, inexorablement destinés à se perdre dans ses yeux et ce corps qu’elle monnaye au prix fatal de la mort.


