Dans la nef éventrée de l’hiver se tenait le concile des fous.
Au milieu de l’indéfini murmure des arbres qui s’échangeaient leurs corbeaux luisant d’un froid noir résonnait le bruissement de la neige, des choses disparues au
hasard des chemins, des créatures qui n’apparaissent qu’aux yeux des buveurs de liqueurs. Ce nouveau matin résonnait de l’argent froid d’une mi-janvier spectrale, le souffle du vent s’amplifiait
comme le chœur grave d’une église de la campagne alsacienne et l’on ne voyait par la fenêtre que le blanc immaculé des toits du temple voisin. Il y avait eu la veille un enterrement, mais l’on ne
pouvait entendre le chant pur des anges accompagnant le vieux paysan mort.
On pouvait deviner sous les gros flocons de sucre blanc des ombres légères en mouvement qui jouaient des notes légères, éboueurs enturbannés et transis du matin,
ramassant comme un trésor les vestiges du repas du soir éventrés par le grognement douloureux des bêtes affamées.
Ils semblaient mimer le monde dans une pantomime froide, cigarette fumante mélangée au souffle chaud de leurs gorges, faisant tinter sur leurs flancs silencieux les
larges pantalons bouffants et bleus de leur confrérie. Vaillants ils avançaient dans la clarté du jour ressuscité, saisissant les sacs d’ordures et les jetant en éclairs vifs dans le
courroux ronronnant de la benne glissante, hussards téméraires à la tâche toujours recommencée. Pour tout dire, ils étaient ce froid et ce gel, ils étaient cette clarté opaline qui fait plisser
les yeux au sortir de la nuit polaire.
Mais déjà, en une ultime scansion, l’horizon les engloutissait dans le fracas étourdissant des rafales de neige, du
grand cadavre du monde et de ses fleurs blanches pourrissantes.

Et nous assistions transis à la naissance de l’aube sur la plaine d’Ishikari, le corps frissonnant et recouvert d’une infime pellicule de rosée, regardant l’exact moment ou le soleil renaît, infime point lumineux tout au bout de ces ténèbres bleutées aux mille constellations d’étoiles, embrasant soudain l’horizon d’un feu polaire dévorant la pénombre et la fin de l’été. La lumière réinventée, d’abord opaline puis légèrement rosée, couleur d’un point du jour se déclinant en un mauve pastel aux variations infinies, s’enflammant lentement en de longues traînées fuchsia redessinant l’horizon. D’énormes nuages flottant dans cet océan de nouvelle clarté, poussés par le vent puissant venu de la mer du Japon, dessinaient des formes gracieuses alors que l’été disparaissait laissant place aux premiers jours de l’automne. L’immense plaine s’étendait à perte de vue, et l’on devinait au loin les montagnes Teïne cachées dans la brume millénaire.
J’ai aimé très fort cette attente, ce froid pénétrant jusqu’aux flammes blanches au fond des verres de saké, ces errances nocturnes au parfum de souffre pâle.
A l’automne ressuscité, le mauve est à jamais dans nos pas.

Dans cette vaste entreprise de lobotomisation institutionnalisée qu'est la télévison japonaise, il y a parfois des moments de purs bonheurs. Ainsi ce soir, dans une émission de divertissement hebdomadaire, le sympathique Arita san, personnage charismatique du paysage télévisuel nippon fort peu renouvelé, était sensé s'occuper d'enfants et de les divertir. Evidemment, aussitôt partis en promenade dans Tokyo, les voilà attaquer par un martien sorti d'on ne sais où qui décide de kidnapper les enfants. Grand cri d'effroi savoureux des marmots: "un martien !" (comme tout le monde le sait ici, les êtres bizarres, velus et en costume latex viennent tous de l'espace...) et apparition in extremis avant la catastrophe de..."Kamen Rider", le vengeur masqué (voir ci dessus pour une photo d'identité). Le monstre reçoit aussitôt une sévère correction et finit les quatre fers en l'air sur l'asphalte rutilant. Jouissance des enfants devant le spectacle et superbe "arigatou gozaimashita, Kamen Raida----" collectif. Le bien a triomphé du mal et le méchant a été puni, belle leçon de moral tout en s'amusant. Après toutes ses émotions, et toujours d'un parfait naturel, la fine équipe s'en va manger des... sushis, comme de bien entendu !

Clin d'oeil à Thomas de l'excellent site "La rivière aux canards" (adresse dans les liens) pour lui dire que SOZ est désormais célèbre jusqu'à Hokkaïdô! Modèle vu à la "Factory" de Sapporo aujourd'hui même.
Dans l'infini hiver hokkaïdois, il y a parfois un moment de répit, celui du bain collectif où les gens se rendent en masse chaque week-end. Là, ce sont les joies de l'eau, la fracture avec la monotonie conditionnée du quotidien, la remise à zéro du corps et de l'esprit qui fatigue. L'eau brûlante accueille les corps nus, las et vigoureux, jeunes et vieux, couturés de cicatrices ou immaculés comme linceuls, dans un des rares moments de la vie japonaise où l'étiquette s'évapore. La verticalité de la société s'horizontalise l'espace de quelques heures, seuls les soupirs des hommes résonnent dans le tumulte des flots volcaniques qui soignent autant qu'ils assoment. Pourtant, l'attitude martiale n'est jamais bien loin, on sort dans le bain extérieur sans broncher, la neige vient lécher les corps qui se doivent bien de frissonner, et l'on plonge comme dans une brèche dans le bouillon protecteur. Les plus vigoureux demeurent sous la neige, après être sorti de l'eau, absorbés dans une méditation étrange. Vient ensuite le moment du sauna, qu'il va falloir tenter d'encaisser en un tour de sablier, et sentir le corps se vider d'un bon litre de sueur. Enfin, l'ultime source alcaline achèvera la scéance, on s'y glisse dans un dernier effort comme dans un souvenir de la vie utérine, et l'on boit, hébété, le lait glacé de la rigueur pour clore la session.

Excellente année 2007 du sanglier à tous!
謹賀新年
旧年中は大変お世話になりました。本年もよろしくお願い申し上げます。
平成十九年 元旦

Last.fm est une webradio qui regroupe de nombreuses statistiques concernant la musique et qui conseille à ses auditeurs de nouveaux artistes selon ses goûts. Le projet est ambitieux et vraiment intéressant, surtout grâçe au regroupement par genre que les auditeurs peuvent eux-mêmes affiner. Aprés deux jours d'utilisation, j'ai découvert un nombre important de groupes et de projets que je ne connaissais pas du tout. C'est fort pratique pour les genres un peu marginaux, comme le dub minimaliste, la deep house ou les chants ethniques de Mongolie intérieure par exemple. Les informations détaillées sur les groupes sont qui plus est trés appréciables. L'utilisation est simple, il suffit de télécharger un plug-in qui s'installe automatiquement dans le lecteur de référence de l'ordinateur afin de récupérer les informations concernant les morceaux écoutés par l'utilisateur. Bon, on se sent un peu fliqué quand même, mais vu le nombre de morceaux que l'on découvre, le jeu en vaut la chandelle.
A découvrir à cette adresse pour la version anglaise: www.last.fm

Dernier jour de la tournée du combo magique ce soir à Tokyo ! A ne pas rater si vous êtes sur place, d'autant plus qu'Adrian Sherwood a vraiment ses marques là-bas. Peut-être même que Dry & Heavy sera de la partie?

Aux portes de l'hiver, nous avons partagé aprés une longue marche la chair du dieu poisson. Silence des hommes repus dans le réconfort des branches de bouleau qui crépitent, visages rougis par les flammes et le froid, fumée pénétrante atteignant presque les âmes et les soignant sans doute un peu. Regards aigus de nos hôtes Ainu, épurés par la modestie, le désintéressement et l'humour que les expériences cruelles de la vie indigène forgent inéluctablement. Etrange serennité, soudain envahi par le sentiment que l'ordre du monde s'est enfin agencé.

Du bout d'Okinawa jusqu'à la pointe hokkaïdoise, la féminité des jolies femmes du Japon rappelle en une symbiose éclatante de vie que si la modernité occidentale s'enroule autour de leurs charmes, l'Orient pour sa part est enfoui à jamais tout au fond d'elles. Si la beauté est affaire de hasard, de chance et d'intelligence aussi, la fréquentation de cet archipel invite à redéfinir ce qui, au détour d'une rue, oblige le regard à se fixer sur leurs apparitions dans une accélération cardiaque et une frénésie souvent suppliciée par le regret. Les japonaises sont, et c'est là leur grand mérite. Douceur fragile, sensualité féline, netteté presque païenne, un peu enfantine mais souvent si raisonnable, sculpturalité de la taille et éros ravageur, sans oublier leurs yeux pour qui d'aucuns traverseraient des océans à la nage. En aimer une, c'est un peu basculer de l'autre côté du monde, déborder les limites de son groupe, sortir hors de soi comme la houle porte en son sein une vague plus forte. C'est aussi apprendre, que l'on ne sait pas, que l'on est l'ange déchu et le Dieu à la fois. Et dire cela c'est encore ne rien dire, puisqu'il faut aussi les délires de la chair, les mots qui chutent comme des colombes mortes, les palpitations du coeur qui s'emballe pour s'arrêter aussi net.


