Chroniques Hokkaïdoises: 今昔物語

 

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Mardi 9 octobre 2007

Maki-01.JPG

Maki est l'un des rares japonais a avoir habité pendant de longues années chez les aborigènes du nord-est de la terre d'Arhnem, territoire du nord de l'Australie. Ce groupe que l'on nomme Yolngu est l'un des plus vieux peuple de la terre, avec plus de 40.000 ans d'histoire. La terre d'Arhnem est l'endroit ou le yidaki a été originellement créé. Il est plus communément appellé par les européens Didgeridoo, onomatopée auquel  le son de l'instrument  leur faisait penser. Maki, bien que japonais, est le digne représentant de cet instrument mythologique au Japon, maitrisant le souffle continu à la perfection et ayant été initié puis autorisé à en jouer selon le strict protocole régissant son utilisation par les chefs de clan Yolngu.

Vendredi 18 mai 2007

Fosco Maraini (1912-2004) fut l'un des rares ethnologues européens à avoir séjourné au Japon à la fin des années 30 et avoir écrit des textes de référence sur des aspects encore méconnus de ce pays. Excellent photographe, il s'est intéressé aux "Ama " (海女) dont il a partagé le quotidien à Hekura-jima, en plein centre du Japon. Ces "femmes de la mer", traduction littérale des idéogrammes, sont des plongeuses en apnée vivant du produit de leur pêche et de la vente de perles précieuses. Elles continuent encore de nos jours à perpétuer cette tradition vieille de plus de 2000 ans, plongeant seulement vêtues d'un pagne à des profondeurs atteignant les 15 mètres. Une exposition inédite de certaines de ses photographies extraordinaires (prises au Leica) ayant eu lieu récemment en Italie, en voici quelques uns des plus beaux clichés.

Vendredi 4 mai 2007

Hommage à l'excellent site de monsieur Cyril Lambin qui a toujours le don de dégotter des anecdotes croustillantes en matière d'aberrations politiques: entre dérives fascisantes (plaintes pour des caricatures chez l'un) et débilités profondes (dans les mangas qui rendent les enfants violents, les femmes sont torturées pour l'autre (!!)), tout un programme pour ce deuxième tour des présidentielles françaises 2007. On croit rêver...

http://www.clambin.fr.st/

Mercredi 4 octobre 2006

Né dans la préfecture de Kanagawa, dans les environs de Tokyo, Oki Kano (Chikar Millawoy  de son nom Ainu) est un musicien de grand talent dont la célébrité de cesse d’augmenter au Japon. Plus que cela, il est déjà passé maître dans l’art du Tonkori, guitare traditionnelle des Ainu de Karafuto (Sakhaline) dont il est devenu virtuose en l’espace de quelques années.

C’est une histoire singulière qui l’a conduit à pratiquer cet instrument étroitement lié à ses origines. En effet, Oki n’a découvert son héritage Ainu qu’à l’âge de 24 ans, n’ayant jamais su auparavant qui était son vrai père.

Comme il l’explique, sa mère japonaise s’étant remariée avec un japonais lorsqu’il n’était qu’un enfant, cette révélation fut pour lui un choc immense. C’est comme si quelque chose de profondément enfouie en lui qu’il avait toujours sentie éclatait enfin au grand jour. S’ensuivent alors une profonde crise identitaire et un départ quasi immédiat pour les Etats-Unis, afin de disparaître dans l’anonymat des foules New-Yorkaises. Il y travaille en tant que monteur vidéo pendant quelques années, revient au Japon pour un projet de film qui s’effondre rapidement et lâche tout pour se rendre à Hokkaïdô, sur la terre de ses ancêtres.

Là, c’est l’incroyable rencontre avec le peuple du nord, les vastes terres d’Ainu Moshiri, et le souffle des Kamuy (dieux des Ainu) se pose sur lui. Son cousin lui offre un tonkori, guitare typique des Ainu dont les 5 cordes au son tout a fait unique ne se retrouve nulle part ailleurs en Asie. Aussitôt, la pratique de l’instrument que l’on chéri comme un nouveau-né dans la tradition Ainu l’envahie (la guitare est perçue comme une chose vivante, dotée d’un cœur et d’un nombril (hankapuy) à l’instar des humains.

(Collection personnelle de l'artiste)

Il travaille d’arrache-pied, élaborant petit à petit le renouveau de la chanson Ainu, la métissant comme ses ancêtres le faisaient déjà il y a plus de 1000 ans avec de nouvelles influences. Car si Oki est un virtuose du Tonkori, c’est aussi un grand amateur de roots-reggae et de dub.

Le message de résistance face à l’oppression des grands leaders du reggae prend un écho tout naturel pour Oki, déjà fortement engagé dans la défense des droits indigènes (il participa à de nombreuses réunions des Nations Unies concernant les droits de l’homme). Son message est clair : il faut assurer la transmission de la culture Ainu par la musique et rectifier par le biais de ce support une Histoire Ainu complètement tronquée par l’oppression et le mensonge.

Sa musique, profondément pacifiste et mystique, est donc une fusion des genres, le tonkori se prêtant à tous les métissages de par ses mélodies hypnotiques si particulières (qualifiées d’hypertoniques) et oscille entre répertoire traditionnel, dub ethnique et influences World (saluons notamment la présence de nombreux invités issus d’autres minorités indigènes). Faire de la musique est vitale non seulement pour lui, comme il se plait à le dire, mais aussi pour beaucoup de jeunes Ainu qui se déplacent en grand nombre à ses concerts. Oki est un passeur, et sa musique illustre tout autant la vitalité d’une culture souvent trop perçue comme en voie de disparition, que l’urgence d’éveiller les consciences sur un sujet encore trop méconnu de la majorité japonaise.

 

Oki & l'auteur de ses lignes, Obihiro 2004.

http://www.tonkori.com/news.html

Jeudi 22 juin 2006

(Peinture: Sally Maxwell http://www.sallymaxwellsart.com/)

 

Si l'on peut penser que le dub trouve son origine dans l'audace de quelques expérimentateurs sonores tout à fait géniaux qui choisir de ne garder que le fantôme d'un morceau en mettant en avant l'ossature du duo basse batterie, il exprime aussi dans sa forme originale un certain fantasme qui résulte d'une histoire bien particulière. En pleine apogée de sa majesté Hailé Sélassié et alors que tous les regards des pieux de Jamaïque célébraient son couronnement comme celui du Christ africain, certains choisir de lutter à ses côtés contre les pouvoirs coloniaux et firent le déplacement jusqu'en terre ethiopienne.

Le décalage fut pourtant grand entre le rapatriement que prônaient depuis déjà longtemps rastafarisme et reggae et la réalité d'une terre éthiopienne dévastée par la révolution (même Bob Marley renonça à installer son studio à Shashamene (terre offerte par l'empereur aux rastas jamaïcains) lors de son séjour de 1978, en raison du peu de rastas à avoir fait le retour en terre natale).

Le dub apparait donc comme l'expression d'un fantasme qui faute de pouvoir se réaliser se matérialise en une sorte de rêve ou les paroles n'ont plus leurs places et se perdent en un écho infini (les rastas sont avant tout jamaïcains et ne témoignent que d'un faible désir de s'installer en Afrique, même s'ils en font une référence constante et y trouvent l'essentiel de leurs racines). Le message semble clair, il n'est plus question de retourner en Afrique dans la mesure ou un rapatriement n'est plus envisageable: les conditions du retour en terre bénite ne sont plus du tout en adéquation avec la dure réalité africaine. L'Eden semble à jamais perdu. 

Qui plus est l'identité jamaïcaine est d'ors et déjà née, ainsi que le sentiment d'appartenance à cette terre de Jamaïque. Il faut donc encore et toujours inventer une nouvelle forme d'expression à la pointe d'une avant-garde révolutionnaire: ce sera le dub, expression d'une poésie plus physique que lyrique. Si l'on ne peut atteindre l'Afrique, ce sera donc la musique qui permettra ce transport en pensée par le soutien de basses monumentales et les décalages syncopés et métronymiques de la batterie. On pourrait presque dire que le dub est à l'origine de toutes les musiques électroniques actuelles dans l'invitation qu'elles proposent à la transe et au voyage.  (A suivre...)

(Cet article est dédié à Fred).

Lundi 17 avril 2006

Kayano Shigeru, premier Ekashi Ainu a être entré au parlement japonais en tant que membre du parti socialiste (社会民主と) en 1994

 

Profitant d'une visite à Nibutani pour aider quelques amis Ainu à soutenir leur radio libre (FM ピパウシ) dont le principal responsable est le second fils de Mr. Kayano, Shiro san, une relecture des mémoires du plus célèbres des Ainu s'est imposée d'elle même. Les murs de la petite radio-amateur touchent ceux de la maison du maître, et les lieux sont fortement chargés d'une histoire de combat et de lutte pacifique qui n'a jamais cessé, même lors des plus violents moments de la répression subie par les Ainu.

Nibutani est l'un des foyers de la culture ainu contemporaine et le scandale politique récent de la construction d'un barrage dans cette région, qui a littéralement ensevelie des terres sacrées millénaires  pour les Ainu malgré leurs protestations (scandale polique du "Nibutani Dam"), est encore trés présent dans les esprits. La majorité de la population est Ainu à Nibutani, et le nom de famille le plus courant est Kaizawa (貝沢) suite à la volonté officielle de les japoniser massivement.

 

Garde-manger traditionnel ainu pour protéger les victuailles des prédateurs, jardin de Kayano Shigeru

 

Depuis les années 70, Kayano Shigeru est l'une des figures de la lutte Ainu, réclamant le statut de minorité indigène pour son peuple, luttant pour le respect des droits de l'homme et faisant front contre toutes les injustices discriminatoires. Il a participé activement à l'élaboration d'une nouvelle loi concernant les Ainu (アイヌ文化のしんこ並びにアイヌのでんとなどに関する智識のふきゅおよび啓発に関する穂率, Ainu bunka no shinko narabi ni ainu no dento nado ni kansuru chishiki no fukyu oyobi keihatsu ni kansuru horitsu) immédiatement votée en 1997 aprés l'abrogation de celle du Hokkaido Kyudojin Hogoho -1899 (北海道きゅどじんほごほ). Sans trop entrer dans les détails, cette ancienne loi prônait tout simplement l'acculturation totale du peuple Ainu en le dépossédant de sa terre, en l'empêchant d'utiliser sa langue ou d'avoir recours à ses traditions, et en l'infantilisant. Tout fut mis en place pour encourager sa disparition définitive au sein de la population japonaise, ségrégation et fausses informations culturelles à l'appui (les Ainu furent longtemps considérés comme un peuple en instance de disparition par les chercheurs locaux ). L'acharnement du gouvernement nippon à vouloir faire disparaître les Ainu semble enfin toucher à sa fin.

Kayano Shigeru est un spécialiste de l'un des deux dialectes désormais majoritaires de la langue Ainu, le Tsushima, et ses publications de manuels scolaires sont des références en la matière. Il enseigne la langue aux jeunes enfants, dans plus de 12 écoles traditionnelles, possède son propre musée, et vient de publier un énorme dictionnaire Ainu/Japonais de plus de 14.000 entrées. Ses mémoires, traduites en anglais depuis 1994, s'intitulent Our land was a forest: an Ainu memoir (Boulder, Colo.; Westview Press). C'est un poignant témoignage, à la fois dramatique et superbe, d'une vie de lutte contre la volonté d'un état à faire disparaître les siens. Compte rendu dans un prochain article. 

Jeudi 23 mars 2006

(Enfants ainu)

(Ogawa san - joueur de tonkori)

(Costumes traditionnels ainu)

Le dimanche 26 février 2006  une rencontre importante pour les communautés ainu de Sapporo et des villes limitrophes s'est déroulée au Pirika Kotan (littéralement, le beau village). Dans une ambiance trés familiale et décontractée, de nombreux artistes sont venus présenter leurs travaux d'artisanat et donner quelques concerts (Ogawa san, artiste original qui travaille à la composition d'un cd de tonkori et participe au renouveau de cet instrument jadis utilisé par les communautés ainu de Karafuto (Sakhaline); Yuki san, leader du groupe "Ainu art project" s'est produit en duo et en groupe electrifié avec des compositions originales de rock-ainu; Aku Sawai, grand orateur, a donné un cours de langue ainu à des élèves attentifs et motivés tous trés heureux de pouvoir s'exprimer dans cette langue; enfin de nombreuses associations d'enseignement de langue ainu, de danses et de chants traditionnels, ont présenté leurs travaux. Ce fut une trés agréable journée qui s'est terminée par une fête privée fort tard dans la nuit et tout aussi intéressante.

  

Jeudi 16 février 2006
Arnold Henry Savage Landor (1865-1924) et ses 2 chats, Kerman & Zeris.

Etonnant personnage du 19ème siècle et explorateur téméraire, Arnold Henry Savage Landor reçut une éducation britannique assez stricte, avant de partir pour de dangereuses destinations aux quatres coins du monde: Inde, Afrique, Amérique et Asie des moussons.
Aventurier en mal de sensations fortes, il parcourut ce siècle encore fort propice aux périples les plus fous en publiant le récit de ses incroyables aventures.
Petit fils d'un écrivain anglais (Walter S. Landor) il hérita de lui un goût certain pour la poésie et les grands espaces encore vierges de présence européenne.
Peintre et dessinateur de talent également, ces livres sont toujours accompagnés de fusains et d'aquarelles de qualité.

Sa première publication est fort intéressante pour l'amateur d'ainologie, car il fut l'un des rares occidentaux à avoir pénétré l'intérieur du Hokkaïdô à cette date.
"Alone with the hairy Ainu, or 3800 miles on a Pack Saddle in Yezo & a Cruise to the Kurile Islands" est le récit de ses aventures dans le grand nord japonais en 1893. Bien décidé à rencontrer des communautés encore peu métissées par l'occupation nippone, il ne cessera de pousser plus avant son aventure, risquant à plusieurs reprises d'y laisser jusqu'à la vie.

Si d'un point de vue ethnologique à proprement parler seules ses illustrations sont d'un véritable intérêt en raison des portraits et des villages traditionnels qu'il peint (car Landor est en effet trés marqué par l'anthropologie évolutionniste du 19ème siècle et relègue systématiquement les Aïnous à des primitifs indécrottables à peine sortis des temps préhistoriques), on est tout de même fasciné par l'obstination du personnage à visiter presque toutes les communautés de l'île, contre vents et marées.
Déplorant déjà à cette époque de nombreux métissages et la disparition rapide du mode de vie traditionnel, il reconnait de grandes qualités aux Aïnous, malgré leur sauvagerie (toute relative, rappelons-le, façe à la brutalité coloniale) et tente de recueillir un maximum d'informations avant la fin de son périple.

Bien sur, c'est un récit d'aventures avant toute chose où l'attitude de l'auteur rappelle qu'il est en quête de sensationnel et d'adrénaline. Ses descriptions sont plus des instantanés que de véritables études approfondies. Il décrit les tatouages féminins, quelques cérémonies, apprend un peu de vocabulaire, mais son regard est dur et peu compatissant, car l'homme est sévère.
Il est cependant au courant du débat ethnologique qui fait des Aïnous un cas singulier et va même jusqu'à l'île de Shikotan pour y rencontrer la communauté nouvellement déplacée en ces terres (Aïnous des îles Shumushu et Paramushir qui font façe au Kamchatka).

On apprend tout de même beaucoup sur les relations entre Aïnous et Japonais et sur la sévérité dont ces derniers traitent les colonisés. La description d'un séjour chez un vieil ermite est en tout point  passionnante, tout comme la brève passade qu'il vit avec une "beauté indigène" et qui donne lieu à l'un de ses plus beaux tableaux.
Jeudi 26 janvier 2006

Conférence de Le Clézio à Sapporo, Hokkaïdô, le 25.01.2006: "L'histoire sauvage, l'histoire humaine".

"La logique rationnelle n'est pas le seul moyen de comprendre le monde" Le Clézio J-M.G.

Evènement majeur de ce début d'année à Sapporo, la venue de Le Clézio pour un symposium sur les cultures indiennes et aïnoues a été un véritable succés. Table ronde d'autant plus exceptionnelle que l'auteur prolifique était accompagné de l'écrivain Tsushima Yûko, fille de Dazai Osamu, et instigatrice d'un important projet de traductions de "yukara", chants aïnous traditionnels, en français ( "Tombent, tombent les gouttes d'argent", Gallimard, Collection "L'aube des peuples", Paris, 1996).

Passionnés par les peuples indigènes, c'est lors d'une rencontre entre les deux auteurs au Mexique et à la demande de Le Clézio que ce projet s'est mis en place avec le soutien de Gallimard. Ces traductions faites à partir de leurs versions japonaises sont pourtant trés fidèles à la version aïnoue originale et ne souffrent pas de la confusion inhérente aux doubles traductions. Ces chants d'une grande poésie furent recueillis par Kindaichi 京助 (1882-1971) auprés de la jeune Chiri Yukie (1903-1922).

Le Clézio, lui même à la croisée de nombreuses cultures de par ses origines (Mauricienne, Anglaise, Bretonne et Française), a parlé de son expérience chez les Pérépéchas du Mexique (dont il a traduit le livre sacré dans "La relation de Michoacan") et de ses parrallèles avec le Japon médieval (raffinement, cruauté et similitudes des pouvoirs politiques). L'homme est de grande taille, de port princier, presque timide malgré une certaine théâtralité et d'une grande gentillesse.

Il a beaucoup développé l'importance du sens de la parole mythique chez les peuples indigènes, qui n'est pas une longue rêverie mais bel et bien une réalité quotidienne pour ces derniers. Le temps mythique fait corps avec le temps présent, contrairement à nos sociétés européennes (les Grecs lisent désormais leur mythologie, mais ne la "vivent" plus comme dans les temps anciens).

Il a également fait d'importants liens entre la narration des indigènes qui chantent la création du monde comme si elle avait eu lieu hier, et "l'invention" de la littérature. Ainsi, c'est comme si les peuples premiers inventaient en un sens la littérature. D'où l'importance pour l'écrivain d'écouter d'abord pour déclencher le processus de création propre à l'écriture. La parole (et la littérature orale) est le déclencheur de la narration écrite pour l'écrivain. Le Clézio n'écrit que sur ce qui lui a été relaté et rappelle avec malice que: "tout ce que j'écris est vrai puisqu'on me l'a raconté, mais tout est aussi faux pour la même raison".

Il a recentré la globalisation au coeur du chaos planétaire, et, en prenant pour exemple les peuples Aïnous et Amérindiens, s'est longuement attardé sur la considération de soi particulière à ses communautés: ce sont avant tout des voix spéciales de la japonité et de la mexicanité qui veulent être reconnues en tant que telles.

Enfin, il a insisté sur l'urgence d'écouter dés maintenant les peuples indigènes (et les protéger en cela de la violence des mondes occidentaux) car leur premier enseignement à notre égard est celui de "la profonde intuition de l'imminence de la destruction finale du monde".  

Science occidentale devenue folle qui invente l'arme thermo-nucléaire pour mieux s'auto-détruire...

Ainsi, lorsque les indiens Pérépéchas dansent autour de leur pirogue sacrée, ce n'est pas seulement pour se sauver eux mêmes mais pour sauver l'humanité dans son entier.

Alors, comme Le Clézio, comme ces peuples premiers qui ont tant à nous apprendre, "Ecrivons, dansons contre le nouveau déluge".

(Aprés l'intervention de l'écrivain, une délégation d'Aïnous de différentes régions d'Hokkaïdô est venue célébrer son arrivée en chantant quelques chansons du groupe "Ainu Art Project" avant de laisser la place au facétieux Pompé Ishii.)

 

(Ainu Art Project)

(Yûki san, et ses choristes)

(Pompé Ishii et un jeune musicien aïnou)

(Démonstration de Mukkuri)

par Clercq Lucien-Laurent publié dans : Ethnologie
Samedi 21 janvier 2006

Noboru Ozeki (photo Tania Willems)

Voilà bientôt un an que Noboru Ozeki est parti pour son dernier voyage. C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris sa mort l'année dernière, et son absence demeure à jamais irremplacable. Né le 17 février 1924, il a consacré sa vie à la défense et à la préservation de l'héritage culturel aïnou. (Rappelons qu'à partir de 1890 il fut formellement interdit de parler aïnou à l'école et de manière générale, en public).

Dés l'enfance, sa mère et sa grand-mère lui ont enseigné la langue et les traditions aïnoues, les contes traditionnelles (yukara), les chants sacrés et la pratique du mukkuri (guimbarde traditionnelle). A l'âge de 30 ans, il s'est spécialisé dans la fabrication des inaws (taillage du bois à des fins religieuses) et a appris sous le patronage de Hiroshi Yamakawa à diriger de nombreuses cérémonies cultuelles. Trés sollicité par les médias et la jeune génération ainoue pour son savoir et ses compétences, il a formé de nombreux disciples, notamment dans la région de Tokachi. Il fut également professeur de langue dans une école aïnoue où il a enseigné jusqu'à son décés. Il a beaucoup aidé la communauté de Obihiro à obtenir du gouvernement que cette ville soit désignée comme "propriété culturelle intangible du Japon" (1982). Enfin, il était aussi le vice-président de la société de conservation du "kamuitou-upopo" d'Obihiro (chants traditionnels).
Ayant eu l'extraordinaire chance d'assister à sa dernière apparition publique pour un concert de Oki à Obihiro, où il a pu "pousser la chansonnette" comme il savait si bien le faire, j'ai pû partagé avec lui quelques moments privilégiés. Sa poignée de main franche et chaleureuse reste à jamais un souvenir de grande émotion. C'est tout un pan de la mémoire d'Hokkaïdô qu'il a emmené avec lui. Que son âme repose en paix auprés des kamui qu'il affectionnait tant.

par Clercq Lucien-Laurent publié dans : Ethnologie
 

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