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Jeudi 15 janvier 2009

        Philippe Descola est né en 1949 à Paris. Il a suivi les cours de philosophie de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, puis s'est rapidement orienté vers l'ethnologie.
Ses premiers contacts avec l’anthropologie se feront grâce à Maurice Godelier, actuellement professeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et il s’intéressera en premier lieu à l’analyse de l’articulation entre économie et société chez les institutions de certains peuples archaïques.

 

Il s’oriente vers l’anthropologie américaniste sous la tutelle de Claude Lévi-Strauss, qui accepte de diriger sa thèse. Particulièrement attentif à la mythologie Jivaro, et compte tenu du fait que les Achuar, les gens du palmier d’eau comme ils se définissent eux-mêmes, étaient en sursis temporaire d’assimilation, c’est ce dernier qui l’encouragera dans cette voie.

Choisissant d’emblée de traiter son sujet sous l’angle de la monographie, et désirant avant tout s’immerger dans une société exotique en faisant œuvre de pionnier, il passera prés de trois années avec eux. Un livre essentiel sur cette population encore méconnue paraîtra après ce long séjour, Les Lances du crépuscule.

Vivants dans la jungle de Haute-Amazonie, plus précisément entre l’Equateur et le Pérou, ils furent longtemps protégés des contacts avec la civilisation occidentale en raison de leur terrifiante réputation de réducteurs de têtes. La guerre revêt une place toute particulière dans leur société et s’avère être bien plus qu’une condition de leur indépendance : elle structure la société en renforçant la solidarité, confère du prestige aux guerriers les plus valeureux, et permet entre autre le renouvellement rituel des âmes.

 

Ses recherches de terrain ont donné naissance à de nombreux articles publiés dans des revues d’ethnologie spécialisées, et il se consacre désormais à l’analyse des rapports entre l’homme et la nature dans les sociétés pré modernes. Il publie en 2005 Par-delà nature et culture, un ouvrage majeur d’une érudition vertigineuse sur les manières de répartir continuités et discontinuités entre l’homme et son environnement. Son étude répartie en quatre catégories les « existants » qui se répondent d’un continent à un autre :

- le totémisme, qui démontre la continuité matérielle et morale entre humains et non humains,

- l’analogisme, qui tisse entre les éléments du monde un réseau de discontinuités régi par des correspondances,

- l’animisme, qui confère aux non humains les mêmes qualités que celles des humains,

- le naturalisme, qui nous rattache aux non humains par les continuités matérielles mais nous en sépare par la culture.

 

En incluant tous ces corps associés (animaux, végétaux, objets) jusqu’alors relégués à une fonction d’entourage à l’étude des communautés humaines, il opère ainsi une recomposition radicale des sciences sociales en soulignant que seul l’Occident moderne s’est attaché à classer les êtres selon qu’ils « relèvent des lois de la matière ou des aléas des conventions ».

Il est donc possible de penser le monde en dépassant cette opposition entre la culture et la nature.

 

Philippe Descola est actuellement directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et professeur au Collège de France où il dirige le laboratoire d’anthropologie sociale.

 


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Mardi 13 janvier 2009

 

Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, 1611

Cet ouvrage, paru pour la première fois en 1977, propose une réflexion tout à fait originale sur un sujet encore assez peu étudié à l’époque, les mécanismes de la violence guerrière dans les sociétés primitives. Pierre Clastres (1934 - 1977), ethnologue et anthropologue français, s’est fait connaître par la qualité de ses travaux en anthropologie politique, son engagement anti-autoritaire et son extraordinaire biographie des indiens Guayaki du Paraguay disponible dans la prestigieuse collection Terre Humaine. Philosophe de formation, il a été influencé par la pensée de La Boétie, d’Alfred Métraux et de Claude Lévi-Strauss. Il fut directeur d’études à la cinquième section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes avant de mourir prématurément dans un accident de la route, laissant une œuvre majeure derrière lui.

 

« Archéologie de la violence » s’inscrit dans la continuité de son ouvrage le plus connu, « La société contre l’état » où il critique à la fois les concepts évolutionnistes qui désignent la création de l’état comme la finalité de toute société et la notion rousseauiste de l’innocence naturelle de l’homme. Ce qui va être déterminant dans l’analyse de Pierre Clastres est la mise à jour d’un pouvoir coercitif, inné à toute société humaine, et la volonté des peuples primitifs de s’en préserver à tout prix pour conserver leur autonomie. Ces sociétés sont donc des communautés indivisées obéissant toutes à la même logique centrifuge refusant l’émergence de l’état en étant dans une logique de guerre permanente. La société primitive est donc conçue comme une structure empêchant l’apparition de tout pouvoir despotique ou autoritaire.

 

De plus, au sein même de ces sociétés, les chefs de clans n’ont aucun pouvoir particulier, ne possèdent que le strict minimum et jouent avant tout un rôle de médiateur en cas de conflit au sein du groupe. Opposant les grandes civilisations andines aux multiples tribus amazoniennes morcelées, il met à jour la volonté de ces petites chefferies d’empêcher la transformation du prestige du chef en pouvoir. Plus que des sociétés anarchistes, ces sociétés primitives seraient plutôt construites comme des structures empêchant l’émergence d’un pouvoir étatique et ne témoignent en aucun cas d’un retard d’évolution. Si elles n’ont pas d’état, c’est avant tout parce qu’elles n’en veulent pas et s’organisent de manière guerrière afin d’empêcher son apparition. Pierre Clastres s’oppose donc aux interprétations marxistes et structuralistes de la guerre.

 

L’omniprésence de la guerre est le moyen le plus efficace et le plus immédiat pour repousser la fusion politique et empêcher la délégation d’un pouvoir qui mènerait obligatoirement sur le long terme à la disparition de ces multiples cellules indépendantes. La société primitive annule la différenciation économique par l’interdiction de tout surplus matériel ou alimentaire, rappelons que ces groupes de chasseurs-cueilleurs ont l’interdiction de manger eux-mêmes le fruit de leur chasse et doivent le donner aux autres membres de la communauté, tout autant que la différenciation politique puisque elle refuse d’octroyer tout pouvoir à ses chefs.

 

En raison de ce double refus de la division sociale et de la dépendance, la société primitive s’oppose donc à l’émergence de l’état puisqu’il est l’organe séparé du pouvoir politique. Avec l’apparition de l’état, la société n’est plus indivisée mais devient une constellation où des dépendances se mettent en place entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent.

La société primitive n’est pas une société sans état, mais pour reprendre une expression chère à Pierre Clastres, une « société contre l’état ».



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Lundi 23 juin 2008

(Ceci est le résumé d'une conférence donnée la semaine dernière à l'université de Hokkaïdô dans le cadre du cycle de séminaires "Plateaux" du département de littérature. Ce travail aura fortement été orienté par la pensée de Pierre Clastres à qui nous avons souhaité modestement rendre hommage. La traduction japonaise est de Mr. Norio Sakurai. Nous remercions également Mr. Alexandre Favereau pour ses nombreux commentaires).



Les ethnologues dont la spécialité est l’étude des peuples indigènes, sont longtemps restés silencieux sur la présence quasi permanente de la guerre au sein de ces sociétés que l’on qualifie de primitives car sans état. En effet, la rencontre déterminante des indiens d’Amérique par les occidentaux fut marquée par l’impossibilité pour ces derniers de trouver dans ces communautés la moindre forme de structure politique hiérarchisée. Stupéfaction généralisée, on y trouvait bien des chefs mais jamais d’autorité commandante. Personne n’obéissait à personne, l’accumulation des richesses n’existait pas et la guerre y était permanente.

Thomas Hobbes[1] y trouva là matière à réflexion en décelant que l’homme à l’état de nature se définit par cette phrase désormais célèbre « la guerre de chacun contre chacun ».

 

Si l’ethnologie contemporaine fut quant à elle fort discrète sur ce paradoxe et cette présence étonnante et permanente de la guerre dans ces sociétés primitives dénuées d’état, Pierre Clastres fut le premier à rompre ce silence en proposant une réflexion générale à ce sujet et en cernant sa dimension politique. Cette omniprésence de la guerre illustrerait  la volonté de ces sociétés à ne pas accéder au stade de l’Etat plutôt qu’un quelconque retard de leur évolution : ce serait en définitive « des sociétés contre l’Etat »[2].

Analysons plus en détails la pensée de cet auteur fondamental et la base de sa réflexion.

Si les premiers européens à aborder les rivages américains furent frappés par ces guerres tribales récurrentes, l’ethnologie contemporaine qui s’occupe de ces sociétés n’évoque que très peu la présence de la guerre de nos jours. La raison en est simple, il n’existe plus de sociétés primitives autonomes dénuées de contact avec le monde socioéconomique moderne. Il n’est donc plus possible d’observer les forces traditionnelles de la guerre primitive qu’en de rares occasions (consulter à ce sujet les travaux de Philippe Descola sur les indiens Achuar du Pérou[3]) et d’en percevoir sa dimension purement politique.

 

Si l’on considère avec attention les travaux récents de l’ethnologie contemporaine, nous constatons à quel point les peuples indigènes ont horreur de la violence. Elle est intolérable et ils s’appliquent à la juguler, à la contrôler, à la ritualiser dans le but de la faire disparaître. L’enjeu est de taille : être confronté à la violence, c’est être confronté inexorablement au risque de la mort. La perte de l’un des membres de ces communautés entraîne immédiatement la potentialité de la destruction du groupe dans son entier vu le faible nombre d’individus qui le compose.

Il serait donc question d’une violence contre la violence, ou plutôt d’une violence inhérente aux sociétés primitives pour anéantir l’intolérable. Que nous apprennent donc les sociétés indigènes dans leur gestion de la violence et que nous dit Pierre Clastres au sujet des trois principaux types de discours ethnologiques sur la guerre qu’il a analysé[4]?

 

Selon la première théorie d’André Leroi-Gourhan[5], il semblerait que la violence « primitive » puiserait ses racines dans l’être biologique de l’homme. Il y a donc une animalisation de ce dernier qui assimilerait l’économie primitive à la prédation. La guerre devient ainsi une extension de la chasse, car la prédation ne se faisant plus sur l’animal mais sur ses congénères, elle se transforme en chasse à l’homme. Pourtant, Pierre Clastres souligne que l’agressivité du guerrier est tout à fait absente du chasseur, invalidant cette théorie en montrant que l’appétit qui est la motivation principale de ce dernier n’est pas du tout le moteur de la guerre.

En rabattant le phénomène social sur le naturel et l’institution organisée sur le biologique, nous n’obtenons pas de réponse satisfaisante à cette violence primitive.

 

Le second discours est quant à lui d’ordre économique. Les fondements des sociétés indigènes reposeraient sur une économie de subsistance en raison des difficultés d’existence dans des milieux particulièrement hostiles (forêt amazonienne, steppes sibériennes, déserts arides…). Ne pouvant maîtriser ces environnements ingrats, les peuples indigènes seraient condamnés à la pauvreté, ne se procurant que le minimum vital à leur survie. La guerre serait donc le seul moyen de se procurer les ressources essentielles au détriment des autres.

Ce concept révèle rapidement ses limites à l’ethnologue : la société primitive n’ayant que peu de besoins, il lui est assez facile de se procurer ce dont elle a besoin. Il s’agirait plutôt au contraire de sociétés d’abondance, qui en un minimum d’efforts parviennent à obtenir le nécessaire (la forêt amazonienne regorgeant d’animaux et de sols fertiles en est l’un des meilleurs exemples). 

 

 Enfin, la troisième théorie formulée par Claude Lévi-Strauss[6] est plutôt politique. La guerre primitive serait le résultat d’échanges ratés entre les communautés. Si la société se définit par sa capacité à échanger des biens de tout ordre, la guerre ne serait en fait qu’un accident de parcours. On peut donc imaginer des sociétés aborigènes qui n’auraient jamais connu la guerre en raison de transactions toujours réussies. Or, une fois encore, le travail de terrain démontre que la guerre n’occupe pas une place de second rang dans cet ordre social. Bien au contraire, elle est au moins aussi importante que l’échange. Elle n’est donc pas la conséquence directe de transactions ratées.

 

Partant du principe que les sociétés aborigènes évoluent dans un univers d’abondance, et que l’idéal primitif serait en quelque sorte une vie en autarcie où le groupe minimiserait les échanges en tendant plutôt à subvenir elle même à l’intégralité de ses besoins, un idéal d’indépendance politique se met à jour. Il n’y aurait donc conflit guerrier que lorsque l’intégrité d’un territoire serait violée, et qu’il faudrait donc le défendre pour rester autonome. Pourtant, c’est bel et bien de guerres offensives dont il s’agit la plupart du temps.

 

Pierre Clastres nous rappelle alors la nécessité de comprendre la société primitive comme une société sans hiérarchie, condition sine qua none de son fonctionnement.

Ce sont des groupes sociaux qui ne peuvent se penser et se réaliser qu’en excluant l’Autre, soudés dans un conflit armé qui réduit tout autant les risques de division interne.

Nous pouvons donc imaginer que l’intolérable pour ces sociétés serait la perte d’autonomie et cela nous éclaire sur leur volonté de ne jamais faire de guerres définitives, puisque un tel cas de figure impliquerait la division de ces mondes en un vaincu et un vainqueur, entraînant une dépendance de l’un vis à vis de l’autre et la perte immédiate de leur homogénéité.

Pour éviter tout risque de défaite totale, il est donc impératif de créer des alliances avec d’autres tribus, ce qui renforce en parallèle les échanges et les explique sous un nouvel angle : il y a de l’échange parce qu’il y a de l’alliance, et non pas le contraire. La société primitive cherche avant tout l’autonomie, et c’est pour la conserver qu’elle consent à échanger dans un réseau d’alliances déterminé.

 

Il apparaît  que les sociétés aborigènes refusent la dépendance et la division sociale qui en découle. C’est pour cette raison qu’il y a une opposition systématique à l’émergence du pouvoir étatique : l’état divise la société entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de le subir. C’est un nouveau système politique qui fragmente le corps social et qui divise l’unicité propre aux sociétés primitives. Il n’y a pas de retard dans l’évolution de ces sociétés mais plutôt une volonté d’affirmer un choix politique différent de nos mondes contemporains.

 

Si la guerre est l’une des violences nécessaires à la préservation de l’autonomie, la société aborigène intègre ses membres et se protège par un autre type de violence qui marque l’entrée des jeunes individus dans l’âge adulte. C’est ce que nous pourrions qualifier de « violence rituelle ». Fondamentale, elle constitue l’axe fondateur autour duquel la société dans son entier va s’articuler. Elle revêt principalement l’aspect de la torture que nos sociétés contemporaines condamnent au nom de l’intégrité corporelle protégée par le droit, mais c’est une autre pensée qui s’articule ici. Le rite initiatique doit marquer la chair d’une empreinte indélébile et pour se faire passe par le marquage du corps car c’est le symbole de l’acquisition d’un savoir : dans le corps se marque l’appartenance au groupe. Tatouages aïnous autour de la bouche des jeunes filles, lèvres percées d’un labret et dos labourés des jeunes indiens Guayaki, sexes transpercés des guerriers paraguayen Mbaya-Guaycuru, trous percés dans les corps des Indiens Mandan, l’initiation passe par la torture qui doit être la plus douloureuse possible.

 

L’initiation est une mise à l’épreuve implacable du courage personnel qui permet de rassurer la société sur la valeur de ses membres. Pour se faire il doit se faire dans le silence opposé à la souffrance, il faut supporter la douleur parfois jusqu’à l’évanouissement.

Mais son but profond est de rappeler qu’une fois la souffrance disparue, il restera toujours un surplus, ce sont les marques de la scarification, du tatouage, de la chair déchirée par le tranchant de la lame. L’initié est un homme avant tout marqué à jamais par des traces indélébiles. Le rituel initiatique, c’est « la société qui imprime sa marque sur le corps des jeunes gens[7] ». Eternellement la cicatrice sera un obstacle à l’oubli, le corps porte en lui même imprimé les traces du souvenir, par cet acte de marquage il devient une mémoire, celle de l’appartenance à un groupe. L’importance de supporter la douleur en silence est fondamentale car elle signifie l’acceptation de cette appartenance au groupe, à la communauté. La torture revêt donc ici un aspect positif, contrairement à celle dont sont victimes les martyres de la cruauté destructrice qui constitue ce que appelons l’intolérable.

 

Nous avons vu qu’il existe plusieurs types de violences, qui sont autant de constructions culturelles et historiques. Si l’on s’interroge sur l’existence d’une violence universelle qui tout en portant sur des contenus et des lieux différents serait commun à toute société, les peuples premiers semblent nous apporter une réponse. Les rituels d’initiation qui déterminent l’appartenance au groupe et la farouche détermination à rester autonome suggèrent des fondations communes à nos mondes contemporains. La violence ritualisée comme la guerre sont pour eux un moyen de lutter contre la disparition du groupe et l’intolérable se dessine ici comme une disparition de la vie biologique communautaire.

 

Enfin, pour conclure cet exposé qui s’inscrit dans une réflexion plus large sur la construction d’une anthropologie de la violence, rappelons que si cette violence intolérable existe bel et bien, elle n’est pourtant pas figée dans la seule destruction de la personne physique. En effet, depuis le XVIIIème siècle et la période des Lumières, l’idée d’humanité a connut une profonde mutation. Elle s’entend désormais dans une double perspective : tout d’abord en tant qu’espèce, mais aussi en tant que sentiment. L’intolérable recouvre alors tout ce qui tend à détruire l’humanité dont chaque individu est porteur. Soulignons que le corps est désormais le centre d’une double symbolique englobant à la fois la dimension physique et la personne morale que l’on ne peut plus diviser de la vie politique.



[1] Hobbes Thomas, Léviathan, Gallimard, Folio Essais, 2000.

[2] Pierre Clastres, La société contre l’état, Paris, Les éditions de minuit, 1974.

[3] Philippe Descola, Les Lances du crépuscule. Relations jivaros. Haute-Amazonie, Paris, Terre Humaine, 1994.

[4] Pierre Clastres, Archéologie de la violence, la guerre dans sociétés primitives, Paris, Editions de l’aube, 2005.

[5] André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, Paris, Albin Michel, 1964.

[6] Claude Lévi-Strauss, « Guerre et commerce chez les indiens de l’Amérique du Sud », Renaissance, vol.1, New York, 1943.

[7] Pierre Clastres, La société contre l’état, Paris, Les éditions de minuit, 1974, page 157.


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Dimanche 22 juin 2008



先住民族の研究を専門とする民族学者達は、国家の不在ゆえに未開とみなされる社会においてほぼ恒常的に行われる戦争について、長い間黙したままでいる。実際に、西洋人によるアメリカの先住民との決定的な出会いは、後者の共同体のうちに西洋人がいかなる階層化された政治構造をも見出すことが不可能であったことによって印付けられた。多くの者が驚いたことに、アメリカの先住民の共同体に首長は存在したが命令を下す権威は決して存在しなかった。命令に従うものも命令を下すものもおらず、富の蓄積も存在せず、そして戦争が恒久的に行われていた。トマス・ホッブズは、そこに考察の種を見出すとともに、自然状態にある人間は、「万人の万人に対する戦争」というこれ以降有名となる文句によって定義されると断言した。
 

現代民族学は、このパラドックスについて、また国家のない未開社会における驚異的でもあれば恒常的でもある戦争の存在については極めて慎重な姿勢をとっていたが、このテーマについての一般的考察を提示し、その政治的意義の所在をつきとめることによって、この沈黙を最初に破ったのはフランスの人類学者ピエール・クラストルであった。[クラストルによれば]この戦争の偏在性は、これらの社会の発展の遅れといったものを示していたのではなく、むしろ国家の段階へと移行を防ぐ社会の意志を示していた。それはすなわち「国家に抗する社会」と呼びうるものであろう。

この重要な著述家であるクラストルの思想と、彼の思考の土台をより詳細に分析してみよう。アメリカの沿岸に沿って進んだ最初の西洋人たちは、繰り返し行われる部族間の戦争によって驚かされたが、これらの社会を研究する現代民族学は今日における戦争の存在についてはほんの僅かしか言及しない。その理由は単純である。現代の社会・経済域との接触を持たない自律的な未開社会というものがもはや存在しないためである。従って、原始の戦争のもつ伝統的な諸力を観察することは、例外的な機会を除いてはもはや不可能なのである(この主題については、フィリップ・デスコラによるペルーのアシュアー族についての研究を参照のこと)。また戦争の純粋な政治的意義を理解することも同様に不可能である。

現代民族学の最新の諸成果を注意深く考察すれば、先住諸民族がどれほどまでに暴力に恐れを抱いているかを確認することができる。暴力とは許されざるものであり、先住諸民族は、暴力を押さえ、制御し、その消滅を目指して暴力を儀礼化することに専念する。

ここに賭けられているものは莫大である。なぜなら、暴力に直面することは、死の危険に容赦なく直面することだからだ。共同体の構成員がごく僅かであることに鑑みて、共同体のメンバーの一人を欠くことにより共同体そのものは即座に潜在的な破壊へと導かれるのである。

したがって暴力に抗うある種の暴力が、あるいはむしろ、許されざる暴力を根絶する目的において未開社会に本質的に属しているある種の暴力が問題となるのではないか。先住諸民族の社会における暴力の管理からわれわれは何を学ぶことができるのか、またピエール・クラストルは、彼が分析してみせた戦争に関する三つの主要な民族学的説明に関して、われわれに何を伝えているのであろうか。

アンドレ・ルロワ・グーランによる最初の説によれば、「未開の」暴力は人間の生物学的本質に根ざしているのではないかとみなされる。従って、ここでは原始経済を捕食と同一視するような人間の動物化が行われている。こうして戦争は狩の拡張となる、というのも、捕食がもはや動物にたいしてではなく同類に対して行われるため、捕食は人間狩りへと形をかえるためである。

 しかしながら、ピエール・クラストルは、戦士の属性である攻撃性が狩猟者には皆無であることを強調し、狩猟者の最も主要な動機である食欲が戦争の原動力ではないことを指摘することで、ルロワ・グーランの説を無効にする。

社会的現象を自然状態へ、組織化された体制を生物学へと追い立ててしまっては、未開の暴力に関する満足な答えは得られないのである。

 二つ目の説明は、経済的次元に関するものである。アマゾン川の密林、シベリアのステップ、乾燥した砂漠地といった、きわめて敵対的な環境に存在することの困難さから、先住諸民族の社会の基礎は生存維持経済(subsistence economy)におかれている。これら不毛な環境の制御が不可能であるため、先住諸民族は、必要最低限の生活の糧しか得られずに貧困を強いられるのではないだろうか。従って、戦争とは他者を害して必要不可欠な資源を獲得するための唯一の手段ではないだろうか。

民族学者には、この着想の限界が即座にあらわになる。未開社会における必需品はごくわずかであるため、社会が必要とするものはわけなく獲得できるからである。

したがってこの社会は、むしろ豊かな社会といえるのではないだろうか。動物と肥沃な土地をふんだんに抱えたアマゾンの密林がその好例をしめしているとおり、これらの社会は、最小の努力で必需品を入手できるのである。

最後の三つ目の説はクロード・レヴィ・ストロースによって表明されたものであり、これはむしろ政治的なものである。未開社会における戦争は、共同体間における交換の失敗の結果起こるのであろうというものである。もし社会があらゆる種類の財を交換する能力によって定義されるのであれば、戦争は、実際、思わぬ障害以上のものではないであろう。従って、取引がつねに成功しているため戦争が決して起こらないような先住民族の社会を想像することも可能なのである。しかし、戦争が社会秩序のうちで副次的な位置を占めているのではないことが、これもまたフィールドワークによって明らかにされている。それどころか、反対に、戦争は少なくとも交換と同じくらい重要なものなのである。従って、戦争は取引の失敗を直接的な結果として起こるのではない。

諸先住民の社会が豊かな領域で進展するということと、未開社会の理想はそこではグループ自らが生活必需品の全体を支給することを目指すことで交換を最小限におさえるような、ある種の自給自足の生活であるだろうという原則から出発することにより、[先住諸民族の抱く]ある種の政治的独立の理想のようなものが明らかとなる。

戦争による衝突は、したがって、領土が侵犯されたとき、そして自立を保たねばならないような場合にのみ存在することとなるだろう。しかしながら、多くの場合、問題とされている戦争は[防御的というより]まったくもって攻撃的なものなのである。

 そのためピエール・クラストルは、未開社会を階級の無い社会として理解することの必要性を再び述べる。階級の不在は未開社会が機能するために不可欠の条件である。

これらは他者を排除することによってのみ自身について考え、自身を実現することが可能な社会的集団であり、内部分裂の危険を軽減する[他者との]武力衝突と硬く結びついている。

従って、われわれは、これらの社会にとっての許せざる暴力とは、自立の喪失をもたらすものであろうと想像することができる。またそれによって決定的な戦争を決して行わない彼らの意志が明白になる。それというのも、決定的な戦争が行われるという仮定はかれらの世界を勝者と敗者に二分することを含意するであろうし、それは同時に一方の他方に対する従属、グループのまとまりの急速な喪失をもたらしかねないためである。

完全なる敗北の危機を回避するため、他の部族と同盟関係を築くことが必要となる。このことは、それと平行して交換を強化し、また交換について新たな角度から説明するものでもある。すなわち、同盟があるから交換が存在するのであって、その逆ではないということである。未開社会はなによりも自立を目指し、自立を保つために諸同盟の一定のネットワーク内における交換に同意するのである。

諸先住民族社会が、従属と、そこから派生する社会の分割を拒んでいることは明らかである。国家的な権力の出現に対する組織的な抵抗が存在するのもそのためである。なぜなら国家は社会を、権力を行使するものと権力を耐え忍ぶほかないものへと二分するためである。これは社会の連帯を分解し、未開社会に特有な単一性を分割する新しい政治的システムである。これらの社会には発展の遅れが存在するのではなく、むしろ現代のわれわれの世界とは異なった政治的な選択を主張する意志が存在するのである。

戦争が自立を守るために必要な暴力の一つであるとすれば、先住民族の社会はそのメンバーをその内部に組み込むとともに、若者が成年へと参入することを示す別種の暴力によって自分を保護する。それはわれわれが「儀礼的暴力」と呼びうるものである。「儀礼的暴力」は根本的なものである。「儀礼的暴力」を基礎として社会全体が構成される。「儀礼的暴力」は、主として拷問の様相を帯びる。今日のわれわれの社会では法によって保護される身体の尊重の名のもとに拷問は禁じられているが、「儀礼的暴力」に結びついているのは別様の考えである。イニシエーションの儀礼は、肉体に消えない痕跡をつけねばならず、したがって身体への印付けがなされるのである。なぜならそれはある種の知を獲得したことを示すものだからである。すなわちイニシエーションの儀礼によってグループへの所属が身体の内に印付けられるのである。少女の口のまわりにほどこされるアイヌの刺青や、ラブレット[竹の管]により貫かれた唇、傷だらけにされたグアヤキ族の若いインディアンの背中、パラグアイの戦士ウンバヤグアイクルの貫かれた性器、マンダン族のインディアンの身体に穿たれた穴、イニシエーションとはもっとも苦痛であるような責苦に耐えることなのである。

イニシエーションとは個人の勇気を過酷な試験にかけることであり、これによって、社会はその構成員の価値に対して信頼をおくことができるのである。そのためには、どんなに苦痛でも声をたててはならず、気絶するまで痛みに耐えなければならないのである。しかし、その根源的な目的は、一度痛みが消えてしまえば、残余物が永久に残るであろうことを思いおこさせることにある。その残余物とは、皮膚への瘢痕であったり、刺青であったり、刃で切り裂かれた肉であったりする。イニシエーションを受けるものとは、なによりも、消えない痕跡によって永久に印づけられるもののことである。イニシエーションの儀礼とは、「若者の身体上に自身の印を刻印する社会」の言いなのである。傷跡は忘却の妨げとして永久にとどまるであろう。身体は、自身に刻み込まれた記憶の痕跡をまとうのである。この印付けの行為によって、身体は記憶となる、ある集団に所属していることの記憶である。沈黙のうちで苦痛に耐えることの重要性は根本的なものである。なぜならそれはグループや共同体への所属を受諾することを意味しているためである。したがってここにおける責苦は、われわれが許せざる暴力と呼ぶものを構成する破壊的な狂気による犠牲者への拷問とは異なり、肯定的な外観を帯びるのである。

 ここまで見てきたように、様々な種類の暴力が存在し、それらはどれも文化的及び歴史的に構成されたものである。仮に異なる内容と異なる場所を対象とし、すべての社会に共通であるような普遍的暴力の存在というものについて考察するのであれば、未開民族が一つの答えをもたらしているように思われる。集団への所属を決定するイニシエーションの儀礼と、自立したままでいることへの激しい決意は、今日のわれわれの世界に共通の基盤を提示している。彼らにとって儀礼化された暴力は戦争と同様に集団の消滅に抗って戦うための手段であり、ここにおいて許されざる暴力は共同体の生物学的な生の消滅として姿をあらわすのである。

 

今回の発表は、暴力についての人類学の構築に関するより広範な考察と結びつくものであるが、最後にこの発表を締めくくるにあたって、もし仮にこの許されざる暴力が本当に存在するとしても、それは個人の身体の破壊だけのうちにとどまるものではない。実際、啓蒙の時代より人間についての概念は極度の変化を経験した。今日この概念は二重の観点から理解される。まずは種の問題として、そして同様に心情の問題として。この際、許されざる暴力は各個人が所持する人間性の破壊を目指すすべてのものを包含する。身体は物理的次元と精神的人格を同時に含んだ二重の象徴体系の中心であることに注意しなければならない。身体と精神とはもはや政治的生と隔てられて存在しないのである。


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Mardi 27 mai 2008


Evénement exceptionnel, du 1er au 4 juillet 2008 se déroulera le sommet des peuples indigènes à Hokkaïdô afin de profiter de la présence du G8 pour faire un état des lieux sur les conditions de vie souvent difficiles des minorités indigènes et les nombreuses pressions qu'elle subissent dans de nombreux pays industrialisés.
Les activistes Aïnous réclameront après de nombreuses tables rondes le retour de leurs droits indigènes ainsi que de nouvelles mesures pour la protection de l'environnement. La reconnaissance du peuple Aïnou en tant que minorité indigène du Japon n'a jamais été aussi proche. Plus d'informations à cette adresse:
http://www.ainumosir2008.com/en/about.html
J'ai le privilège d'être l'un des responsables de la photographie pendant ces 4 jours et c'est avec un très vif intérêt que les Chroniques Hokkaïdoises couvriront ce sommet qui fera date dans les revendications des minorités indigènes.




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Mardi 9 octobre 2007

Maki-01.JPG

Maki est l'un des rares japonais a avoir habité pendant de longues années chez les aborigènes du nord-est de la terre d'Arhnem, territoire du nord de l'Australie. Ce groupe que l'on nomme Yolngu est l'un des plus vieux peuple de la terre, avec plus de 40.000 ans d'histoire. La terre d'Arhnem est l'endroit ou le yidaki a été originellement créé. Il est plus communément appellé par les européens Didgeridoo, onomatopée auquel  le son de l'instrument  leur faisait penser. Maki, bien que japonais, est le digne représentant de cet instrument mythologique au Japon, maitrisant le souffle continu à la perfection et ayant été initié puis autorisé à en jouer selon le strict protocole régissant son utilisation par les chefs de clan Yolngu.


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Vendredi 18 mai 2007

Fosco Maraini (1912-2004) fut l'un des rares ethnologues européens à avoir séjourné au Japon à la fin des années 30 et avoir écrit des textes de référence sur des aspects encore méconnus de ce pays. Excellent photographe, il s'est intéressé aux "Ama " (海女) dont il a partagé le quotidien à Hekura-jima, en plein centre du Japon. Ces "femmes de la mer", traduction littérale des idéogrammes, sont des plongeuses en apnée vivant du produit de leur pêche et de la vente de perles précieuses. Elles continuent encore de nos jours à perpétuer cette tradition vieille de plus de 2000 ans, plongeant seulement vêtues d'un pagne à des profondeurs atteignant les 15 mètres. Une exposition inédite de certaines de ses photographies extraordinaires (prises au Leica) ayant eu lieu récemment en Italie, en voici quelques uns des plus beaux clichés.


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Vendredi 4 mai 2007

Hommage à l'excellent site de monsieur Cyril Lambin qui a toujours le don de dégotter des anecdotes croustillantes en matière d'aberrations politiques: entre dérives fascisantes (plaintes pour des caricatures chez l'un) et débilités profondes (dans les mangas qui rendent les enfants violents, les femmes sont torturées pour l'autre (!!)), tout un programme pour ce deuxième tour des présidentielles françaises 2007. On croit rêver...

http://www.clambin.fr.st/


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Mercredi 4 octobre 2006

Né dans la préfecture de Kanagawa, dans les environs de Tokyo, Oki Kano (Chikar Millawoy  de son nom Ainu) est un musicien de grand talent dont la célébrité de cesse d’augmenter au Japon. Plus que cela, il est déjà passé maître dans l’art du Tonkori, guitare traditionnelle des Ainu de Karafuto (Sakhaline) dont il est devenu virtuose en l’espace de quelques années.

C’est une histoire singulière qui l’a conduit à pratiquer cet instrument étroitement lié à ses origines. En effet, Oki n’a découvert son héritage Ainu qu’à l’âge de 24 ans, n’ayant jamais su auparavant qui était son vrai père.

Comme il l’explique, sa mère japonaise s’étant remariée avec un japonais lorsqu’il n’était qu’un enfant, cette révélation fut pour lui un choc immense. C’est comme si quelque chose de profondément enfouie en lui qu’il avait toujours sentie éclatait enfin au grand jour. S’ensuivent alors une profonde crise identitaire et un départ quasi immédiat pour les Etats-Unis, afin de disparaître dans l’anonymat des foules New-Yorkaises. Il y travaille en tant que monteur vidéo pendant quelques années, revient au Japon pour un projet de film qui s’effondre rapidement et lâche tout pour se rendre à Hokkaïdô, sur la terre de ses ancêtres.

Là, c’est l’incroyable rencontre avec le peuple du nord, les vastes terres d’Ainu Moshiri, et le souffle des Kamuy (dieux des Ainu) se pose sur lui. Son cousin lui offre un tonkori, guitare typique des Ainu dont les 5 cordes au son tout a fait unique ne se retrouve nulle part ailleurs en Asie. Aussitôt, la pratique de l’instrument que l’on chéri comme un nouveau-né dans la tradition Ainu l’envahie (la guitare est perçue comme une chose vivante, dotée d’un cœur et d’un nombril (hankapuy) à l’instar des humains.

(Collection personnelle de l'artiste)

Il travaille d’arrache-pied, élaborant petit à petit le renouveau de la chanson Ainu, la métissant comme ses ancêtres le faisaient déjà il y a plus de 1000 ans avec de nouvelles influences. Car si Oki est un virtuose du Tonkori, c’est aussi un grand amateur de roots-reggae et de dub.

Le message de résistance face à l’oppression des grands leaders du reggae prend un écho tout naturel pour Oki, déjà fortement engagé dans la défense des droits indigènes (il participa à de nombreuses réunions des Nations Unies concernant les droits de l’homme). Son message est clair : il faut assurer la transmission de la culture Ainu par la musique et rectifier par le biais de ce support une Histoire Ainu complètement tronquée par l’oppression et le mensonge.

Sa musique, profondément pacifiste et mystique, est donc une fusion des genres, le tonkori se prêtant à tous les métissages de par ses mélodies hypnotiques si particulières (qualifiées d’hypertoniques) et oscille entre répertoire traditionnel, dub ethnique et influences World (saluons notamment la présence de nombreux invités issus d’autres minorités indigènes). Faire de la musique est vitale non seulement pour lui, comme il se plait à le dire, mais aussi pour beaucoup de jeunes Ainu qui se déplacent en grand nombre à ses concerts. Oki est un passeur, et sa musique illustre tout autant la vitalité d’une culture souvent trop perçue comme en voie de disparition, que l’urgence d’éveiller les consciences sur un sujet encore trop méconnu de la majorité japonaise.

 

Oki & l'auteur de ses lignes, Obihiro 2004.

http://www.tonkori.com/news.html


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Jeudi 22 juin 2006

(Peinture: Sally Maxwell http://www.sallymaxwellsart.com/)

 

Si l'on peut penser que le dub trouve son origine dans l'audace de quelques expérimentateurs sonores tout à fait géniaux qui choisir de ne garder que le fantôme d'un morceau en mettant en avant l'ossature du duo basse batterie, il exprime aussi dans sa forme originale un certain fantasme qui résulte d'une histoire bien particulière. En pleine apogée de sa majesté Hailé Sélassié et alors que tous les regards des pieux de Jamaïque célébraient son couronnement comme celui du Christ africain, certains choisir de lutter à ses côtés contre les pouvoirs coloniaux et firent le déplacement jusqu'en terre ethiopienne.

Le décalage fut pourtant grand entre le rapatriement que prônaient depuis déjà longtemps rastafarisme et reggae et la réalité d'une terre éthiopienne dévastée par la révolution (même Bob Marley renonça à installer son studio à Shashamene (terre offerte par l'empereur aux rastas jamaïcains) lors de son séjour de 1978, en raison du peu de rastas à avoir fait le retour en terre natale).

Le dub apparait donc comme l'expression d'un fantasme qui faute de pouvoir se réaliser se matérialise en une sorte de rêve ou les paroles n'ont plus leurs places et se perdent en un écho infini (les rastas sont avant tout jamaïcains et ne témoignent que d'un faible désir de s'installer en Afrique, même s'ils en font une référence constante et y trouvent l'essentiel de leurs racines). Le message semble clair, il n'est plus question de retourner en Afrique dans la mesure ou un rapatriement n'est plus envisageable: les conditions du retour en terre bénite ne sont plus du tout en adéquation avec la dure réalité africaine. L'Eden semble à jamais perdu. 

Qui plus est l'identité jamaïcaine est d'ors et déjà née, ainsi que le sentiment d'appartenance à cette terre de Jamaïque. Il faut donc encore et toujours inventer une nouvelle forme d'expression à la pointe d'une avant-garde révolutionnaire: ce sera le dub, expression d'une poésie plus physique que lyrique. Si l'on ne peut atteindre l'Afrique, ce sera donc la musique qui permettra ce transport en pensée par le soutien de basses monumentales et les décalages syncopés et métronymiques de la batterie. On pourrait presque dire que le dub est à l'origine de toutes les musiques électroniques actuelles dans l'invitation qu'elles proposent à la transe et au voyage.  (A suivre...)

(Cet article est dédié à Fred).


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