
Et nous assistions transis à la naissance de l’aube sur la plaine d’Ishikari, le corps frissonnant et recouvert d’une infime pellicule de rosée, regardant l’exact moment ou le soleil renaît, infime point lumineux tout au bout de ces ténèbres bleutées aux mille constellations d’étoiles, embrasant soudain l’horizon d’un feu polaire dévorant la pénombre et la fin de l’été. La lumière réinventée, d’abord opaline puis légèrement rosée, couleur d’un point du jour se déclinant en un mauve pastel aux variations infinies, s’enflammant lentement en de longues traînées fuchsia redessinant l’horizon. D’énormes nuages flottant dans cet océan de nouvelle clarté, poussés par le vent puissant venu de la mer du Japon, dessinaient des formes gracieuses alors que l’été disparaissait laissant place aux premiers jours de l’automne. L’immense plaine s’étendait à perte de vue, et l’on devinait au loin les montagnes Teïne cachées dans la brume millénaire.
J’ai aimé très fort cette attente, ce froid pénétrant jusqu’aux flammes blanches au fond des verres de saké, ces errances nocturnes au parfum de souffre pâle.
A l’automne ressuscité, le mauve est à jamais dans nos pas.


