
Né dans la préfecture de Kanagawa, dans les environs de Tokyo, Oki Kano (Chikar Millawoy de son nom Ainu) est un musicien de grand talent dont la célébrité de cesse d’augmenter au Japon. Plus que cela, il est déjà passé maître dans l’art du Tonkori, guitare traditionnelle des Ainu de Karafuto (Sakhaline) dont il est devenu virtuose en l’espace de quelques années.
C’est une histoire singulière qui l’a conduit à pratiquer cet instrument étroitement lié à ses origines. En effet, Oki n’a découvert son héritage Ainu qu’à l’âge de 24 ans, n’ayant jamais su auparavant qui était son vrai père.
Comme il l’explique, sa mère japonaise s’étant remariée avec un japonais lorsqu’il n’était qu’un enfant, cette révélation fut pour lui un choc immense. C’est comme si quelque chose de profondément enfouie en lui qu’il avait toujours sentie éclatait enfin au grand jour. S’ensuivent alors une profonde crise identitaire et un départ quasi immédiat pour les Etats-Unis, afin de disparaître dans l’anonymat des foules New-Yorkaises. Il y travaille en tant que monteur vidéo pendant quelques années, revient au Japon pour un projet de film qui s’effondre rapidement et lâche tout pour se rendre à Hokkaïdô, sur la terre de ses ancêtres.
Là, c’est l’incroyable rencontre avec le peuple du nord, les vastes terres d’Ainu Moshiri, et le souffle des Kamuy (dieux des Ainu) se pose sur lui. Son cousin lui offre un tonkori, guitare typique des Ainu dont les 5 cordes au son tout a fait unique ne se retrouve nulle part ailleurs en Asie. Aussitôt, la pratique de l’instrument que l’on chéri comme un nouveau-né dans la tradition Ainu l’envahie (la guitare est perçue comme une chose vivante, dotée d’un cœur et d’un nombril (hankapuy) à l’instar des humains.

(Collection personnelle de l'artiste)
Il travaille d’arrache-pied, élaborant petit à petit le renouveau de la chanson Ainu, la métissant comme ses ancêtres le faisaient déjà il y a plus de 1000 ans avec de nouvelles influences. Car si Oki est un virtuose du Tonkori, c’est aussi un grand amateur de roots-reggae et de dub.
Le message de résistance face à l’oppression des grands leaders du reggae prend un écho tout naturel pour Oki, déjà fortement engagé dans la défense des droits indigènes (il participa à de nombreuses réunions des Nations Unies concernant les droits de l’homme). Son message est clair : il faut assurer la transmission de la culture Ainu par la musique et rectifier par le biais de ce support une Histoire Ainu complètement tronquée par l’oppression et le mensonge.
Sa musique, profondément pacifiste et mystique, est donc une fusion des genres, le tonkori se prêtant à tous les métissages de par ses mélodies hypnotiques si particulières (qualifiées d’hypertoniques) et oscille entre répertoire traditionnel, dub ethnique et influences World (saluons notamment la présence de nombreux invités issus d’autres minorités indigènes). Faire de la musique est vitale non seulement pour lui, comme il se plait à le dire, mais aussi pour beaucoup de jeunes Ainu qui se déplacent en grand nombre à ses concerts. Oki est un passeur, et sa musique illustre tout autant la vitalité d’une culture souvent trop perçue comme en voie de disparition, que l’urgence d’éveiller les consciences sur un sujet encore trop méconnu de la majorité japonaise.


Oki & l'auteur de ses lignes, Obihiro 2004.
Commentaires
Aucun commentaire pour cet article
Trackbacks
Aucun trackback pour cet article


