


"(...) La source du sacré, le lieu d'origine des dieux, se trouve dans l'érème (espace inhabité, espace sauvage). Les sanctuaires qui ponctuent l'écoumène n'en sont que des relais - relais du reste infiniment divers, et dont l'expression matérielle peut se réduire à une simple branche d'arbre, "reposoir-incarnation" (yorishiro) temporaire d'un kami.La sacralité augmente à raison de la proximité de cette source, c'est à dire du degré de pénétration vers le "fond" ( oku) de l'espace sauvage et, corrélativement, en proportion inverse de la culturalité. De fait, l'expression matérielle première de ce lieu d'origine du sacré n'est pas un édifice humain; c'est un détail topographique naturel: le "siège de roc" des dieux (iwakura) - tel l'impressionant chaos de rochers qui troue la forêt au flanc de l'Iwakura-yama, à Ichijima (Hyôgo-ken). Au besoin, il est vrai, c'est un temple du fond qui en tient lieu. Ainsi, la notion d'oku traduit une polarisation qui réfère la sacré à la nature: les dieux siègent au recès ultime de l'espace sauvage, au nadir de la culture." Augustin Berque, Le sauvage et l'artifice - Les Japonais devant la nature, Gallimard, pages 74-75.


