
(Peinture: Sally Maxwell http://www.sallymaxwellsart.com/)
Si l'on peut penser que le dub trouve son origine dans l'audace de quelques expérimentateurs sonores tout à fait géniaux qui choisir de ne garder que le fantôme d'un morceau en mettant en avant l'ossature du duo basse batterie, il exprime aussi dans sa forme originale un certain fantasme qui résulte d'une histoire bien particulière. En pleine apogée de sa majesté Hailé Sélassié et alors que tous les regards des pieux de Jamaïque célébraient son couronnement comme celui du Christ africain, certains choisir de lutter à ses côtés contre les pouvoirs coloniaux et firent le déplacement jusqu'en terre ethiopienne.
Le décalage fut pourtant grand entre le rapatriement que prônaient depuis déjà longtemps rastafarisme et reggae et la réalité d'une terre éthiopienne dévastée par la révolution (même Bob Marley renonça à installer son studio à Shashamene (terre offerte par l'empereur aux rastas jamaïcains) lors de son séjour de 1978, en raison du peu de rastas à avoir fait le retour en terre natale).
Le dub apparait donc comme l'expression d'un fantasme qui faute de pouvoir se réaliser se matérialise en une sorte de rêve ou les paroles n'ont plus leurs places et se perdent en un écho infini (les rastas sont avant tout jamaïcains et ne témoignent que d'un faible désir de s'installer en Afrique, même s'ils en font une référence constante et y trouvent l'essentiel de leurs racines). Le message semble clair, il n'est plus question de retourner en Afrique dans la mesure ou un rapatriement n'est plus envisageable: les conditions du retour en terre bénite ne sont plus du tout en adéquation avec la dure réalité africaine. L'Eden semble à jamais perdu.
Qui plus est l'identité jamaïcaine est d'ors et déjà née, ainsi que le sentiment d'appartenance à cette terre de Jamaïque. Il faut donc encore et toujours inventer une nouvelle forme d'expression à la pointe d'une avant-garde révolutionnaire: ce sera le dub, expression d'une poésie plus physique que lyrique. Si l'on ne peut atteindre l'Afrique, ce sera donc la musique qui permettra ce transport en pensée par le soutien de basses monumentales et les décalages syncopés et métronymiques de la batterie. On pourrait presque dire que le dub est à l'origine de toutes les musiques électroniques actuelles dans l'invitation qu'elles proposent à la transe et au voyage. (A suivre...)
(Cet article est dédié à Fred).


