Vendredi 28 octobre 2005
5
28
/10
/Oct
/2005
00:00
NOTES DE CHEVET – SEI SHÔNAGON
Elles furent rédigées dans la première moitié du 11éme siècle, vers le milieu de la période Heian (794-1190), époque que les historiens ont nommé « Heiankyo », capitale de la paix, et qui désignait autrefois la ville de Kyoto.
C’est au temps de Heian que se place l’âge d’or de la littérature nippone, son époque classique. Développant leur talent poétique, les gens de Heian aimaient la nature, la musique, et le vin de riz dont ils abusaient souvent lors de festivités hebdomadaires.
Les cérémonies du Shintô et du bouddhisme étaient somptueuses et rehaussaient les souffrances dues aux guerres, aux épidémies et autres catastrophes naturelles.
C’est dans ce contexte que les auteurs japonais vont développer le concept d’aware, humeur romantique faite de sympathie pour la nature, et de pitié pour la tristesse des êtres et des choses.
La littérature écrite en japonais entre le Xéme et le XIIéme siècle est une littérature féminine. Elles écrivaient des journaux (nikki) où étaient rapporté leur vie d’amante, d’épouse, et de mère.
Dans le cas présent, les notes de chevet sont des « soshi», pouvant être traduits par écrits intimes.Ce ne sont pas des nikki, car contrairement à eux ils ne respectent pas d’ordre chronologique, ni de plan particulier.
Ils sont écrits au fil du pinceau, esquisses que Sei Shônagon a jeté sur le papier au fil de ses pensées.
Le mot Shônagon signifie « 3éme sous-secrétaire d’état », et Sei exprime l’idée de pureté dont la racine est kiyo (son nom de famille est Kiyowara, « lande pure »).
Elle est au service de l’impératrice Teishi.
Dans ce récit, les sujets les plus divers se succèdent immédiatement, et un mot que Sei emploie va tout à coup lui rappeler une anecdote puisée dans ses souvenirs personnels.
Elle parle de tout, s’émerveille et s’indigne, et énumère les astres, les époques de l’année, les lieux et les paysages connus, les végétaux, les animaux et les hommes, évidemment…
(Sei Shônagon by Otsuka)
Elle disserte des qualités physiques, morales et esthétiques, ainsi que des choses qui éveillent en elle tel ou tel sentiment. C’est une véritable poétesse qui se découvre à nos yeux, douée d’une sensibilité et d’une acquitté sans pareille.
Elle dessine en quelques traits des tableaux, peint l’aspect des jardins sous la rosée matinale, découvre les lumières des bateaux qui brillent comme des étoiles…
Elle capte des scènes anodines et les transforme en instant d’absolu, comme ces enfants cueillant des fleurs de pêchers, ou ce jardin ravagé par la tempête de la nuit qui n’a plus le même visage au réveil.
Des scènes curieuses, comme le vieux chaman endormant la femme qu’il désensorcelle, succèdent à une nouvelle musique pour l’oreille, lorsque Sei nous fait entendre le bruissement des feuilles en automne, ou le son d’une cloche lointaine…
Sei trace encore les portraits moraux des gens qui l’entourent et se délecte des parfums de l’encens ou de l’air frais du soir.
Elle nous offre enfin des pensées étonnantes tout au long de ces listes surprenantes.
Elle finira par se marier avec un gouverneur provincial, se fait nonne bouddhiste après sa mort et nous laisse ce romansous forme de confession.
(Photo du film "The pillow Book" - Peter Greenaway)
Commentaires